Bonjour à tous,
Ayant reçu de nombreux mails sur ce sujet la semaine dernière, je me sens légèrement poussé à expliquer ce qu'il se passe dans ma modeste entreprise. Désolé pour ceux qui vienne que pour le Japon.
Avant tout, commençons par un petit rappel des lieux. Valeo est un groupe industriel focalisé sur la production de pièces automobiles tels que les essuie-glaces ou les compresseurs que vous connaissez déjà. Son directeur (On parle Du Groupe à la troisième personne) est Thierry Morin, arrivé dans le groupe en 1989, il en devient président directeur général en 2003.
Ex-Dauphine, il ne fait donc pas partie du "club des grandes écoles", au sens admis du terme. Il incarne à la perfection la politique financière que le groupe a cherché à appliquer après ces déboires financiers en 2001 provoquant son retrait du CAC40 (introduction en 1997). Ainsi, il tranche avec son prédécesseur Noël Goutard, duquel, une larme à l'oeil, les employés rappellent le management paternaliste de la société. Thierry Morin est aussi un homme des médias. Depuis son ascension à sa tête en 2003, jamais le groupe n'avait été autant médiatisé.
Après cette présentation du protagoniste principal, voici l'historique des évènements récents. J'espère que vous me pardonnerez de ne pas en revenir jusqu'à la naissance du groupe.
Au départ, le capital de Valeo est détenu principalement par Franklin Resources à hauteur de 10.7% puis de la Caisse de Dépôt et de Consignation de Paris, notre doux et cher fond d'investissement franco-français. Oups… Quelques autres actionnaires à hauteur de 5% et seulement 1% du capital est auto-détenu.
En Octobre dernier, Valeo revend sa plus petit branche "Moteurs et Actuateurs" à Nidec (Jp), un des acteurs majeurs dans le secteur. Aujourd'hui, la plus petite branche est Compresseurs. Novembre, le Groupe par son emblématique PDG annonce vouloir accélérer sa croissance externe. En décembre, Valeo rachète des actifs de Visteon aux Etats-Unis affirmant une ambition (finalement, comme pour RSA), de s'appuyer sur les groupes en difficultés aux Etats-Unis pour y prendre des parts de marché.
Et c'est à ce moment que la saga des actionnaires commence. Le 10 janvier, Pardus, contrôlée par Karim Samii, déclare à l'AMF avoir franchi le cap des 5% du capital et des droits de vote de Valeo. Ce même fond possède déjà 17% du capital de Visteon. Les mois de janvier et février sont livrés aux rumeurs sur le rachat éventuel de Visteon dans son ensemble par Valeo. Ceci est formellement démenti par Thierry Morin qui répète que sa seule ambition est de racheter "des actifs stratégiques" de Visteon au cas par cas. Cependant, et sans surprises, les flammes sont attisées par Karim Samii qui y voit de nombreuses synergies. Pour enfoncer le clou, Pardus annonce le 27 février avoir dépassé le seul de 10% du capital de Valeo.
Le 6 Mars, Guy Wyzer-Pratte de la société du même nom, annonce posséder 3% du capital de Valeo (en coopération avec London-based Cycladic Capital et DGB Investments) et briguer 7 sièges sur les 9 mis en jeu (11 sièges en tout) du conseil d'administration le 21 mai prochain. Guy Wyzer-Pratte a une stratégie bien différente de Pardus... voire radicalement opposée. Guy Wyzer-Pratte prône un recentrage sur les métiers à forte rentabilité de Valeo, la vente des branches déficitaires et surtout, aucun rachat d'actifs extérieurs.
Le 22 Mars, c'est un certain acteur nommé Apollo qui rentre dans la danse. Selon Les
Echos, ce fond d'investissement se porterait en chevalier blanc face à des actionnaires un peu trop actifs. Le conseil d'administration a confirmé ces dires, et l'opération pourrait se faire par LBO avec une ligne de crédit de 3,5 Milliards d'euro. Apollo voudrait quand à lui, suivre une ligne tangente prônant à la fois un certain allègement sur les branches non-rentables tout en se renforçant sur les fers de lance Valeo.
Pardus a, le 23 Mars, augmenté sa participation à 12.25%. Affaire à suivre...
Sylvain HEDDE
"La direction de Valeo est prise entre deux feux. D'un côté il y a (le hedge fund américain) Pardus qui prône un rachat de Visteon et de l'autre il y a (l'investisseur financier Guy) Wyser-Pratte qui veut que Valeo fasse une cure d'amincissement", a dit Ivica Stevic, analyste chez Kepler-Landsbanki.
"L'intérêt pour Valeo ne cesse de grandir. La lutte pour l'influence sur la société n'est pas terminée à nos yeux", a jugé Thomas Besson, analyste chez Merrill Lynch
"I'm not excited about the idea of Valeo buying something that would force it to take the whole impact of a Ford bankruptcy (on Visteon) onto its balance sheet. Even a small risk isn't worth it if it potentially can destroy your company," Wyser-Pratte said.
Valeo est une société dédiée à la conception, la fabrication et la vente de composants, systèmes intégrés et modules pour automobiles et poids lourds. Valeo compte 70 400 collaborateurs représentant 95 nationalités, répartis dans 26 pays.
Guy Wyzer-Pratte est connu pour être un des raiders les plus activistes dans le monde. Français de naissance (à Vichy en 1940) et américain de nationalité, il a été vu et remarqué la première fois en France lors du rachat d'André. Ex-Marines, les raids, ca le connait. Il est aussi président du comité stratégique d'Ingenico, leader mondial de la transaction sécurisée.
Franklin Resources est un fond d'investissement américain basé à San Francisco. Il gère pour 500 milliards d'actifs dont certains dans Valeo mais aussi Thomson, Ralph Lauren (anecdotique mais je suis sûr que c'est pour avoir des polos gratuits), Sony (dommage...),...
Apollo Investment Corporation a géré depuis sa création en 1990 plus de 16 Milliards d’actifs qu’il a réparti dans des secteurs très différents ; rasoirs (pas comme cet article, j’espère), réfrigérateur, imprimerie, logistique,…
Le LBO (Leverage Buy Out) est une opération de rachat d'entreprise avec effet de levier c'est-à-dire avec endettement bancaire. Le principal avantage de cette opération est de permettre à des cadres dirigeants ou à des investisseurs de prendre le contrôle d'une société cible avec un apport personnel minimum puisque l'acquisition est largement financée par un emprunt bancaire dont le coût est inférieur au taux de rentabilité attendu de la cible.
Sources :
Actu Finance, Le Figaro, EasyBourse, Le Journal de l'Automobile, l'Expansion, Les Echos, L'Usine Nouvelle, Boursorama, sites officiels des sociétés citées...
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